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Dervy - Guy Tredaniel

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Saint Augustin ou la conversion en acte
Écrit par Dervy   
Mercredi, 31 Août 2011 15:46

sanctus_augustinus

Loin des contresens et au delà de la conversion du regard, le fellah et bédouin du désert qu'était le futur Sanctus Augustinus fut le penseur qui apporta sa touche platonicienne au débat du christianisme en plein essort dans l'empire romain . Peut-on seulement imaginer ce que celui-ci serait aujourd'hui sans son apport ?

Seize siècles nous séparent de cet homme, né le 13 novembre 354, mort le 28 août 430. Nos peintres l'ont trop longtemps affublé, - chape, mitre et crosse -, comme un évêque d'aujourd'hui : il faut l'imaginer en  tunique de laine blanche et sandales. De teint mat, glabre et cheveux frisés comme le sont la plupart des berbères. Peut-être les yeux bleus ? Mais attention : cette tunique est une tunique à manches, taillée et cousue, déjà une chemise, ce n'est plus la tunique drapée que portaient Périclès ou Cicéron. Si celui qui s'appelait de son vivant Aur (elius) Augustinus est un Ancien, il appartient à la dernière phase de l'Antiquité classique, la Spätantike comme disent les doctes.

 

Avec St-Augustin, c'est un peu de notre modernité qui fait irruption car désormais la spiritualité ne pourra plus se conjuguer sans l'Homme comme réceptacle de la révélation. La spiritialité platonicienne, celle du bien suprême a désormais un visage. Au chapitre XI des Confessions St-Augustin fera un pas décisif de plus en identifiant le temps à l'essence même de notre subjectivité. Question qui restera ouverte jusqu'au réflexions phénoménolgiques d'Edmund Husserl suivi par la publication en 1921 du Sein und Zeit d'Heidegger. Mais aussi comment ne pas associer les Confessions aux pensées d'un autre nomade : Jean-Jacques Rousseau. On le voit, St-Agustin ouvre un nouverau paysage intellectuel : qui aurait pu penser que ce berbère romain aller ainsi bouleverser tout l'Occident et ce de façon durable !

Introduction de l'auteur :

st_augustin_chaireGénie de l'Occident, Augustin (354-430) a laissé une oeuvre considérable, dont l'interprétation infinie a parfois amené à des contresens, au cours des âges. Aussi importe-t-il de distinguer Augustin de l'augustinisme, avec ses dérives, comme l'augustinisme politique ; d'ailleurs cette notion d'augustinisme politique a été introduite non pas par Augus­tin lui-même, mais par l'un de ses disciples, Paul Orose. De même, Augustin est souvent présenté comme le théoricien du péché originel et de la prédestination. En fait, s'il a utilisé ces notions, c'est dans un contexte bien précis : celui de la controverse pélagienne, où il devait répondre à un certain nombre d'erreurs de Pélage et de ses disciples. Sorties de leur contexte et prises comme un absolu, les réflexions d'Augustin perdent leur sens. En revanche, envisagées dans leur dynamisme, ses grandes intuitions ont été largement reprises et approfondies, à tel point qu'on peut se demander ce que serait la culture européenne sans Augustin'. L'évêque d'Hippone fait la synthèse de tous les grands thèmes théolo­giques et les revisite de manière originale, de sorte qu'il y laisse son empreinte pour des siècles. C'est pourquoi la lec­ture de ses oeuvres est passionnante, et parfois aussi étonnante : elle appelle une interprétation infinie qui en fait un classique du christianisme.

À le lire, on a souvent l'impression qu'il est notre contem­porain, tant ses interrogations rejoignent les nôtres. Augustin a vécu une expérience forte de la conversion, qui a marqué toute sa vie et qu'il a su universaliser, non seulement dans les Confessions, mais aussi dans toute son oeuvre. S'il n'avait pas eu cette expérience, sans doute aurait-il été un grand orateur romain, compte tenu de ses talents rhétoriques, mais il n'aurait pas eu d'originalité propre et serait peut-être oublié aujourd'hui. En revanche, son expérience l'a amené à se comprendre comme un être en relation, ce qui n'est pas sans annoncer les philosophies du sujet ; c'est ainsi que, tout au long de son oeuvre, Augustin s'attache à présenter une anthro­pologie, nouvelle pour son époque, et toujours actuelle, où l'être humain se constitue dans l'intersubjectivité par la médiation de l'altérité.

Nous avons la chance de bien connaître la vie d'Augustin, non seulement par ses Confessions qui, sans être une auto­biographie, comportent des éléments biographiques, mais également par son ami Possidius, évêque de Calama, qui s'est fait son biographe. S'y ajoutent les informations qu'il donne lui-même dans les Dialogues philosophiques, dans les Révi­sions, dans les Sermons et dans les Lettres.

De plus, Augustin est, parmi les Pères, celui qui a laissé l'oeuvre la plus abondante : plus de 1000 sermons, quelque 300 lettres et une centaine de traités (édités au XVIIe siècle par les Bénédictins de Saint-Maur), où il aborde les pro­blèmes fondamentaux de la théologie, ce qui n'a pas été sans marquer ses successeurs et qui nous interroge encore aujourd'hui. 

Présenter son œuvre en quelques pages relève du défis d'autant qu'il a inspiré au cours des siècles et ne cesse d'inspirer nombre d'auteurs de nos jours encore. Son dialogue avec le judaïsme serait également à envisager, car Augustin a été marqué par l'exégèse juive et a fait ressortir le caractère prophétique du peuple d'Israël dans le Contra Faustin Nous avons choisi dans cet ouvrage une optique, qui est de relire Augustin au prisme de sa conversion, ce qui ne a amenée à nous attacher à la dynamique de sa pensée, si nous perdre dans les méandres des polémiques contre les manichéens, les pélagiens et les donatistes. Ces polémiques nous les envisagerons cependant, en abordant la prédication de l'évêque d'Hippone, sa réflexion sur la création..., m non pour elles-mêmes ni à tel ou tel moment de leur développement, ce qui nous permettra de mieux saisir la pensée vivante d'Augustin et d'éviter un certain nombre de clic' qui sont autant de méprises qui jettent le discrédit sur lui. En effet, comme il le dit lui-même dans le De dono perseventice (21, 55) : « Il a parfois varié dans ses enseignements a fait des progrès en écrivant. » Sa pensée n'est pas figée au contraire, pour Augustin, la conversion constitue un principe herméneutique, tant pour sa vie que pour son œuvre.

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Au sommaire :

 

  • Chapite I Augustin, un grand converti
    • les conversions d'Augustin
    • L'écho des conversins d'Augustin dans les Confessions
    • La conversion, constitutive du sujet Augustin
  • Chapitre II : du converti de Milan au Convertissuer d'Hippone
    • Creatio, conversio, formatio
    • Une christologie retrouvée
    • Un approfondissement trinitaire original
  • Chapitre III : Augustin, Pasteur et Mystique
    • Augustin prédicateur
    • L'évêque et les diacres à Hippone
    • Augustin mystique ?

 

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Mise à jour le Jeudi, 24 Novembre 2011 07:32
 

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