| Ces hommes célèbres qui n'ont pas connu leur père |
| Vendredi, 14 Mai 2010 15:06 |
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L'absence en héritage Quel conte de fée vous berce dans vos moments de joie ou de chagrin, au creux de l'oreiller? Qui rêve encore de la merveilleuse marraine ou de l'élégant parrain, venus de loin, se pencher sur votre destinée ? Parfois, sans le savoir, dès la naissance, pris dans le tourbillon des obstacles, des hommes deviennent de simples héros, ballottés, de gré ou de force, par une histoire qui les dépasse, une histoire sans fin. Souvent blessés par des deuils précoces ou retenus dans leur élan par un secret de filiation, ils échappent malgré eux aux rôles dévolus généralement aux garçons et aux filles de leur âge. Leur vie personnelle n'est ni heureuse ni malheureuse. Elle est, sans prétention, une tranche goûteuse, laissée en cadeau aux autres humains. Manquant, sans nul doute, de repères dans l'enfance, certains hommes, des poètes, des écrivains, se lancent dans une oeuvre intemporelle. Ceux qui n ont pas connu leur père nous transmettent des valeurs d'exception et nous laissent, en gage de reconnaissance, une source d'imagination intarissable, la beauté intérieure, la profondeur dame. Ces hommes affectionnent les heures de solitude. Dans le dialogue intérieur, ils communiquent avec la fureur humaine. Par le biais de leur biographie, je tremble d'une émotion troublante. J'entends le frémissement de leur voix à travers leur écriture fine et alerte , sans oublier leurs attentes non comblées.
Je laisse à d'autres, les spécialistes de la littérature, auteurs ou critiques, la délicatesse de parler de leur oeuvre, et je m'en tiens à une psychobiographie, le roman familial. Le titre de mon livre : Ces hommes célèbres qui n'ont jamais connu leur père, évoque l'absence du père, en lien avec les trajectoires de ces hommes, des fils sans père. Les thèmes, vus sous l'angle de la « psycho-généalogie », mènent à une réflexion sur le sens de la relation parents-enfants, les secrets de famille, la souffrance du deuil, le sentiment d'abandon, l'adoption, le désir de reconnaissance. D'autre part, je fais référence au contexte historique, en évoquant les faits de guerre, les maladies ou les coutumes du pays. Pour un fils, le manque de père est une blessure profonde, surtout vécu à un âge précoce. L'enfant n'est pas en mesure de parler et de comprendre ce qui se passe, il ressent l'impact de la douleur sur son entourage et se retrouve ballotté entre les parents de substitution, les familles d'accueil ou les familles adoptives. Comment l'enfant met-il en place des processus de survie émotionnelle dans ces conditions ? Il faut, parfois, plusieurs générations pour s'en remettre. La « psycho-généalogie » s'avère un précieux outil de connaissance de soi. Cette méthode de thérapie, fondée sur l'hypothèse de l'existence de l'inconscient familial, se découvre à travers la logique des répétitions, repérables avec les dates anniversaire, le choix des prénoms, le choix du conjoint, les différentes maladies, les changements importants de la vie, les synchronicités, les âges signifiants, les périodes de fragilisation et les loyautés invisibles. Moi-même, en écrivant, je réhabilite les hommes de ma famille, car en faisant mon arbre généalogique, des secret de filiation ont surgi que je n'attendais pas. J'ai trouvé le secret de trois pères inconnus, je ne savais rien d'eux, ces cases vides pesaient le pesant d'or du silence de leur nom. Les enfants, issus de ces unions non légitimes, sûrement des relations non avouables, ont dû ressentir la honte. La honte n'est pas un sentiment, comme on se plaît à le dire, elle revêt l'aspect d'un habit qui colle à la peau et dont il n'est pas aisé de se défaire. Les petits êtres de ma famille ne demandaient qu'à vivre, pourtant, ils n'étaient pas inscrits, ni portés, dans leur élan vital, par une lignée paternelle, ni d'ailleurs maternelle. Ils furent abandonnés, dés la naissance, par leurs parents biologiques. Chez nous, on ne disait rien de ces secrets de filiation, on ne sortait pas les livrets de famille, il ne fallait pas dire ! Mon travail de psychogénéalogiste m'aida à mettre des mots sur ces non-dits. Je me pris au jeu de découvrir les secrets familiaux, et, lors de consultations, ceux de mes patients, en fonction des langages verbal et corporel. Aujourd'hui, l'Absence du père m'apparaît un sujet primordial, un tremplin, parlant de la quête incessante du lien, de la séparation, de la reconnaissance, de l'amour. Avec les écrivains illustres, mes chers auteurs, je suis partie à la recherche du père disparu de Poe, du père inconnu d'Apollinaire, du mensonge de filiation pour Aragon. J'ai découvert l'étonnant Genet, l'enfant de l'Assistance publique, puis le père de Camus mort en héros, enfin le père démissionnaire de Rimbaud et le père indifférent de Nerval. Dans les récits d'enfance, la privation du géniteur, les deuils, les secrets de sexualité ou de filiation, laissent une empreinte indélébile. Ces enfants prodigues ont peut-être ressenti la colère, le rejet, l'humiliation, l'exclusion, la peine. Afin de pallier la solitude inévitable, il est possible qu'une imagination fertile ait jailli de l'incertitude des choses cachées. À la lecture de leurs poèmes, des essais, des contes, l’étonnement fait battre mon cœur, l’élan créateur ravive la flamme éternelle.
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| Mise à jour le Vendredi, 13 Août 2010 07:20 |
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