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Dervy - Guy Tredaniel

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Symbolisme des plantes : l'Herbier des dieux

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Des lointaines contrées de l'Égypte pharaonique aux espaces scandinaves du premier millénaire de notre ère, les mythologies ont imprégné les jours et les mois du calendrier, le monde animal, la géographie, la chimie, la médecine et les sciences de la Terre comme la vulcanologie, du nom de Vulcain, dieu romain du feu. Des mots du vocabulaire courant viennent de grandes épopées mythologiques comme l'Iliade et l'Odyssée (les monstres Charybde et Scylla, Stentor à la voix retentissante, les envoûtantes sirènes, Mentor le précepteur de Télémaque). Aphrodite, déesse grecque de l'amour, a offert son nom au domaine de la sensualité « aphrodisiaque », auquel fait écho l'érotisme d'Éros, un dieu très ancien. Sans oublier la flore de Flora, divinité romaine des fleurs et du printemps, les céréales de Cérès. Durant tous ces siècles, des rites, des prières, des prêtres, des lieux de culte, des signes et autres symboles servirent à communiquer avec les divinités et à se concilier leurs faveurs, en recourant souvent à des enthéogènes, c'est-à-dire des végé­taux aux propriétés psychotropes. Car la vénération de forces supérieures autant qu'invisibles s'est toujours accompagnée d'une symbiose avec la nature, animale autant que végétale, et ce depuis la préhistoire. Dès cette époque, les hommes se sont en effet demandés ce que la flore pouvait signifier, et apporter. Au contraire des sacrifices animaux, qui appellent à la régéné­ration par la transmission du sang, les plantes et les champignons incarnent la permanence et la continuité. La mort réside dans la cueillette éventuelle et dans la transmission directe au corps. Faire corps avec la nature est ainsi une manière de respecter celle-ci, et donc d'en préserver et d'en gérer les ressources par une utilisation raisonnée et pratique.

 

C'est pourquoi les auteurs antiques se sont très tôt intéressés à cette union étroite. En atteste la célèbre « théorie des signatures » (ou des correspon­dances). Amorcée par le grec Théophraste (372-287 av. J.-C.), auteur de la première classification végétale, elle fut développée par le médecin et philosophe (alchimiste) suisse Paracelse (1493-1541), de son vrai nom Theo­phrast Bombast von Hohenheim. Puis elle fut systématisée au XVI ème siècle par l'Italien Giambattista Della Porte, auteur de Magie naturelle. Selon cette théorie, un végétal remplit une fonction en rapport avec son aspect, à l'instar de la mandragore anthropomorphe. Les fleurs de l'adonis, rouges et larges, soignaient le foie ; la graine poilue de la clématite s'attaquait à la calvitie ; la chélidoine, au suc jaune, s'intéressait à la bile et sa vésicule... Au sein de cette pharmacopée, des substances révélèrent plus tard la source de leurs propriétés médicinales, tel le saule qui, comme la reine-des-prés, contient, dans son écorce, de l'acide salicylique, l'aspirine synthétisée en 1897. Le judaïsme s'appliqua également à la symbolique des plantes, suivi par le chris­tianisme et l'islam. Et des auteurs plus récents se sont penchés sur ces for­midables histoires. Citons Angelo de Gubernatis qui, en 1878, publiait le premier tome de la Mythologie des plantes, suivi bientôt du second (1882). Plus près de nous, La Chair des dieux (1972), supervisée par Peter T. Furst, Les Jardins d:9dozzis (1972) de Marcel Detienne, Richard Evans Schultes et Albert Hofmann (découvreur du LSD) avec Les Plantes des dieux (1979), les travaux de Mircea Eliade, Jean-Pierre Vernant, Georges Dumézil sur les mythes indo-européens, et bien d'autres.

 

mandragoreEn parallèle, la symbolique végétale alimenta les écrits dès l'Antiquité, quand, en l'absence de connaissances scientifiques approfondies, les frontières entre médecine et religion étaient très minces. Des tablettes sumériennes retrouvées à Nippur, et datées du III` millénaire av. J.-C., explorent la pre­mière pharmacopée connue. On y trouve des thérapeutiques végétales à base de mandragore, de saule, de myrrhe, de myrte, d'opium, de ciguë, de rue, de jusquiame, et d'assafœtida, ou ase fétide, une plante qu'utiliseront aussi les Perses. Le papyrus égyptien Ebers (vers 1600 av. J.-C.) présente plus de 700 recettes faisant intervenir ricin, menthes, cumin, anis, fenouil, pavot, etc. En Grèce, Panacée, qui a donné le nom commun bien connu, n'est autre que la fille d'Asclépias, le dieu de la médecine servi par des prêtres, les Asclépiades. Sur le plan humain, Hippocrate de Cos (vers 460-378) puise dans la nature la source des remèdes (belladone, absinthe, petite centaurée...) et concourt à faire progresser les connaissances médicales. Pionnier, il laisse place à d'autres grands esprits, Aristote (vers 385-322 av. J.-C.), et surtout Dioscoride Pedanius (vers 40-90) qui décrit 590 plantes dans le premier ouvrage de référence, De materia medica. Citons aussi le formidable ency­clopédiste latin Pline l'Ancien (23-79), le Grec Galien (vers 131-201), médecin de l'empereur romain Marc Aurèle, premier physiologiste et fon­dateur de la médecine expérimentale. Et les savants de l'islam : Hunayn bers Ishaq (mort en 873), Rhazès (865-925), Abulcasis (mort en 1013), Avicenne (980-1037), Avenzoar (vers 1090-1162) et son élève Averroès (1126-1198), Ibn-El-Baitar (1197-1248). La liste est longue. Et n'oublions pas le brillant érudit que fut le juif Moïse Maïmonide (vers 1135-1204).

Bref, nous vivons parmi une végétation qui recèle, sans que nous le sachions, une foule de références, transmises par écrit ou par oral. L Herbier des dieux s'attache ainsi à raconter la manière dont les grandes religions d'Europe et du Bassin méditerranéen adoptèrent des attires, des fleurs ou des champignons pour illustrer des croyances remontant parfois à la nuit des temps. Des religions qui, peu ou prou, ont marqué durablement nos civili­sations. Mais ce livre ne prétend pas être exhaustif, une tâche impossible, à moins d'y consacrer de nombreux ouvrages. S'appuyant sur les textes sacrés, poétiques ou historiques, il recense 380 végétaux dont certains sont devenus des piliers culturels, comme le chêne, le chanvre et la vigne. Tous renvoient à des épopées, des héros, des dieux, des histoires, des traditions, des héritages d'une exceptionnelle richesse. Et aussi à ces cultes dits « à mystère » qui, réservés à des initiés du monde gréco-romain, devaient procurer des connais­sances particulières : Mithra, Isis, Apollon, Déméter et Perséphone, Adonis, Dionysos ou Cybèle sont au coeur de ces réunions qui fascinent encore, ne serait-ce que par la discrétion exigée des adeptes. Certaines étaient d'ailleurs tellement secrètes que le déroulement exact des initiations reste une énigme, comme à Éleusis.

homme_plante Au travers de ces pages, les végétaux montreront pour quelles raisons ils suscitèrent une telle fascination. Il suffit par exemple de rappeler qu'ils capt­ent d'un côté la lumière et l'énergie du solaire, de l'autre les bienfaits du sol nourricier. En cela, ils sont l'expression même de la vie réunissant les deux dimensions de l'univers, le ciel et la terre. Il était donc logique que fur existence et leurs propriétés (curatives, alimentaires...) fussent régies par les dieux. En outre, ils suivent le même cycle que tout être vivant : naissance, vie et mort.

Alors bienvenue dans le monde fascinant des sous-bois et des prairies, où pussent toujours ces enfants de la terre chargés de souvenirs.

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