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Dervy - Guy Tredaniel

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Art sacré et genèse du Temple

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L'Art sacré par excellence passe par la construction d'un sanctuaire où l'Esprit divin, invisiblement présent dans l'univers "habitera" d'une manière directe et pour ainsi dire "personnelle" le lieu ainsi érigé. Ce lieu se situe spirituellement parlant au "centre du monde" et c'est celà même qui en fait un sacratum.

"Les historiens de l'art, qui appliquent le terme d'« art sacré » à n'importe quelle oeuvre artistique à sujet religieux, oublient que l'art est essentiellement forme ; pour qu'un art puisse être appelé « sacré », il ne suffit pas que ses sujets dérivent d'une vérité spirituelle, il faut aussi que son langage formel témoigne de la même source. Tel n'est nullement le cas d'un art religieux comme celui de la Renaissance ou du Baroque, qui ne se distingue en rien, au point de vue du style, de l'art foncièrement profane de cette époque ; ni les sujets qu'il emprunte, d'une manière toute extérieure et en quelque sorte litté­raire, à la religion, ni les sentiments dévotionnels dont il s'imprègne, le cas échéant, ni même la noblesse d'âme qui s'y exprime parfois, ne suffisent pour lui conférer un caractère sacré. Seul un art dont les formes mêmes reflètent la vision spirituelle propre à une religion donnée, mérite cette épithète.

Toute forme véhicule une certaine qualité d'être. Le sujet religieux d'une oeuvre d'art peut être en quelque sorte surajouté, il peut être sans rapport avec le langage formel de l'oeuvre, comme le prouve l'art chrétien depuis la Renaissance ; il y a donc des oeuvres d'art essentiellement profanes à thème sacré, mais il n'existe, par contre, aucune oeuvre sacrée à formes profanes, car il y a une analogie rigoureuse entre la forme et l'esprit. Une vision spi­rituelle s'exprime nécessairement par un certain langage formel ; si ce langage fait défaut, en sorte que l'art soi-disant sacré emprunte ses formes à n'importe quel art profane, c'est qu'il n'y a pas de vision spirituelle des choses.

Il est vain de vouloir excuser le style protéique d'un art religieux, son caractère indéfini et vague, par l'universalité du dogme ou par la liberté de l'esprit. Certes, la spiritualité est, en soi, indépen­dante des formes, mais cela ne signifie point qu'elle puisse s'exprimer et se transmettre par des formes quelconques. Par son essence qualitative, la forme est analogue, dans l'ordre sensible, à ce qu'est la vérité dans l'ordre intellectuel ; c'est ce qu'exprime la notion grecque d'eidos. De même qu'une forme mentale telle qu'un dogme ou une doctrine peut être le reflet adéquat, bien que limité, d'une Vérité divine, de même une forme sensible peut retracer une vérité ou une réalité qui transcende à la rois le plan des formes sensibles et celui de la pensée.

Tout art sacré se fonde donc sur une science des formes, ou autrement dit, sur le symbolisme inhérent aux formes. Rappelons ici qu'un symbole n'est pas simplement un signe conventionnel ; il manifeste son archétype en vertu d'une certaine loi ontolo­gique ; comme l'a fait remarquer Coomaraswamy, le symbole est d'une certaine manière ce qu'il exprime. C'est d'ailleurs pour cette raison que le symbolisme traditionnel n'est jamais dépourvu de beauté : selon la vision spirituelle du monde, la beauté d'une chose n'est rien d'autre que la transparence de ses enveloppes existentielles ; le véritable art est beau parce qu’il est vrai »

Titus Burckhardt - Principes et méthodes de l'art sacré

 

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